Chroniques Birmanes
ok ok, vous pourrez me dire à raison que je ne me suis pas foulée pour le titre, mais je n'ai rien trouvé de mieux.
Et je suis ravie de ce petit clin d'oeil à l'ami Guy Delisle, dont j'ai relu l'album avant de partir et mesure la justesse au quotidien. Merci Guy!
Alors par où commencer… quelques chiffres pour vous situer un peu le contexte, je fais court c'est promis.
Birmanie: 132e pays le plus pauvre au monde (sur 177), 90% de la population vit avec moins de 50 centimes d'euros par jour, un quart de la population n'a accès ni à l'électricité ni à l'eau courante
dictature depuis 1962, un des régimes les plus répressifs au monde avec la Corée du Nord, je vous laisse imaginer l'ambiance. Autarcie totale ou quasi depuis l'arrivée de la gente au pouvoir. Le système éducatif est complètement laissé à l'abandon, les étudiants représentant une trop grande menace pour le pouvoir... Les universités ont même carrément été fermées pendant plusieurs années. Elles sont peu à peu réouvertes aujourd'hui mais avec seulement 5% du budget national dédié à l'Education et à la Santé(contre 40% pour celui de la Défense, no comment), on ne peut pas non plus s'attendre à de grands miracles de ce côté…
Mais la Birmanie est aussi un pays doté d'incroyables ressources: pierres précieuses, bois, or, argent, gaz, minerai, pétrole… Total ne s'y est d'ailleurs pas trompée et est implantée ici depuis plusieurs années. Même si aujourd'hui, ce sont les chinois qui font main basse sur tout, engraissant la gente de belles enveloppes bien garnies et dépouillant allègrement le pays de toutes ses matières premières sans que rien ne revienne en aucune manière au peuple qui continue à vivre dans une misère d'un autre temps, tandis que les généraux entassent les millions sur leurs comptes en banque, chinois, bien entendu!
Je ne vais pas vous emmerder plus longtemps avec des discours politico-économico-je-ne-sais-quoi, mais je ne peux que vous inviter à regarder d'un peu plus près ce qui se passe ici. Autant de bêtise, d'injustice, d'inhumanité concentrées donnent tout simplement le vertige, ou la nausée, au choix…
j'en reviens donc à mes petites aventures au pays du sourire:
arrivée à Rangoon fin février, je me sens immédiatement bien ici. Après toutes ces années enfermés dans leurs propres frontières, il est évident que les birmans sont plus qu'enchantés de voir arriver des étrangers.
Indépendamment des consignes du gouvernement qui tapissent les murs de la ville
ils font preuve d'une curiosité, d'une volonté de contact comme je n'en ai jamais vu.
Passé l'étonnement de voir débouler une géante blonde (taille moyenne 1m12, ok j'exagère, mais vraiment pas grands nos amis birmans, hommes et femmes confondus), les plus hardis viennent de suite me parler, les plus timides se contenteront d'une signe de tête mais toujours accompagné de ce sourire dont ils ne se départissent jamais.
Partout dans les rues ceux qui baragouinent 3 mots d'anglais m'abordent, veulent savoir d'où je viens, combien de temps je vais rester. Chacun y va de son petit conseil sur les endroits à ne pas rater, jamais intrusifs ou envahissants, simplement curieux et généreux.
De tous mes voyages, jamais aucun n'a autant été tourné vers l'humain, jamais la connexion n'a été aussi forte, aussi intense.
C'est aussi le premier de tous les pays que j'ai visités, où je suis obligée de me battre pour payer ce que j'achète! au marché, mes fruits, au café, mon thé, partout on m'offre, me fait goûter… les gens ici vivent dans un extrême dénuement mais vous donnent le peu qu'ils ont sans hésiter.
Rangoon donc, la capitale, 4 millions d'habitants, une chaleur abrutissante, des gens partout, des trottoirs envahis de vendeurs en tous genres, de mini restos, d'ateliers improvisés, c'est un bordel sans nom, une explosion d'odeurs, de sons… la vie bouillonne partout autour de moi.
J'y passe juste 24h le temps de visiter la splendide pagode de Shwedagon recouverte de 700kg d'or, et ouais quand même!
et file le lendemain plus au nord, direction le calme du Lac Inle, un des plus beaux endroits de Birmanie parait-il, je confirme.
13h de bus pour rejoindre Kalaw, étape intermédiaire avant le Lac. Jamais vu un bordel pareil dans une station de bus. C'est en fait une ville dans la ville, mais sans panneaux, sans indications, les birmans eux-même sont paumés. Heureusement que mon super chauffeur de taxi m'a littéralement mise dans le bus, sinon je ne sais pas trop où je serai arrivée… Enfin bref me voici à Kalaw point de départ d'un trek de 3 jours pour rejoindre le lac. Parce que oui, c'est à pied que je terminerai: 60 km à parcourir alors qu'il doit faire pas loin de 35° à l'ombre entre 12 et 15h, un peu maso la demoiselle... mais même pas peur, montagne, campagne, minorités, monastères, je veux tout voir!
je vais faire court, mais effectivement j'ai vu tout ça et plus encore, et le mieux c'est encore de vous le montrer:
pas de véhicules dans le coin, le transport des marchandises se fait au mieux avec une charrue, au pire à dos d'humains





















